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La Corse, cette madeleine de Proust à l’état brut

Aujourd’hui j’ai eu envie de me replonger en enfance

Alors je vais vous parler de l’endroit qui compte le plus pour moi et qui est ma madeleine de Proust par excellence : La maison familiale, en CORSE. Cet endroit occupe une place particulière dans ma tête, dans mon cœur. La Corse, cette maison, les gâteaux de ma grand-mère, les disputes avec mon frère, la mer, les devoirs de vacances et les souvenirs laissés par plusieurs générations me ramènent inexorablement des années en arrière.

Et puis cela me permettra de partager avec vous, des petits morceaux de moi en vrac, des bouts de vie, des petits échantillons de bonheur, à l’état brut.

Déjà la Corse représente la plupart de mes madeleines de Proust culinaires… Les saladiers entiers de bugnes que nous préparait ma grand-mère, le figatellu mangé grillé dans un morceau de pain. C’était souvent notre repas de Noël, pour beaucoup ce n’est pas énorme, mais c’était notre BONHEUR de les manger assis devant la cheminée. Et puis le fiadone, le brucciu, les figues et les châtaignes ont bercé mon enfance. Et les confitures de mamy aussi. Encore aujourd’hui elle en fait des dizaines de pots chaque année. Mes préférées, figues, citron et mandarine, sans hésiter. Enfant, je regardais ma grand-mère faire, avec fascination. Fascination et fierté. Ma grand-mère était pour moi une magicienne et la meilleure cuisinière au monde. Et puis le matin, j’étais réveillée par l’odeur du pain grillé. Et je mangeais mes tartines en lui tenant la main. Parfois elle me laissait  même tremper mon pain dans son café. « Pour goûter ». Ou alors des petits gâteaux corses, des croquants aux amandes que le café ramollissait, et moi, je les préférais comme cela. Même si, du coup, ils n’étaient plus vraiment croquants.

La Corse c’est aussi pour moi le chant des oiseaux dans le jardin et les cloches de l’église du village qui sonnent encore toutes les heures ainsi que l’angélus. Et puis il y avait l’odeur du FEU que faisait mon grand-père dans le jardin. J’ai toujours voué une totale admiration au feu, j’ai toujours été réellement fascinée. Encore aujourd’hui, presque 20 ans plus tard, l’odeur, les crépitements, la vue du feu me passionnent. Ces moments passés avec mon grand-père resteront gravés malgré son absence depuis trop longtemps maintenant. Alors que je pense à lui cela me fait resurgir un autre moment que j’associe inexorablement à l’enfance. Les heures passées blottie contre lui, allongés sur le dos à regarder les étoiles et à espérer une étoile filante. « Tu vois la petite ourse là ? » – « non, regarde, suis mon doigt, par là » – « fais un vœu ». Ses mots résonnent encore dans ma tête malgré son absence.

Qu’est-ce que j’aimais ces moments avec lui. Mon grand-père était un homme d’une profonde gentillesse et d’une douceur rare, et il me manque. Il passait des heures à me parler, me raconter des histoires. Me faire apprendre par cœur les départements français et leur chef lieux. Il regardait le tour de France aussi. Me rappeler ces moments me font remonter quelques larmes, mais qu’est-ce que c’est bon de ressentir que le souvenir de ces moments passés ensemble ne s’effacera jamais.

En fait, je crois que mes plus beaux souvenirs d’enfance sont en Corse, dans cette vieille maison de famille en pierre où nous allions plusieurs fois dans l’année. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je voulais me marier là-bas. Vœu qui sera exaucé dans quelques mois maintenant … Parce que cet endroit est important pour moi, réellement. Cet endroit me fait vivre, pleinement. J’ai l’impression de lâcher prise et d’être moi-même, sans artifice. J’aime tout en Corse. Voir la mer le matin, l’odeur de la maison, des murs un peu vieillis, les souvenirs de plusieurs générations passées par là, les jouets et les livres d’un autre âge au grenier, les carnets de note de primaire de papa et mes dessins de petite. J’aime aussi être coupée du monde. Ou presque. Pas de connexion internet. Un réseau plus limité.

J’aime le jardin dans lequel je passais tant de temps avec mon grand-père, à ramasser des amandes, des fraises, des kakis ou des figues. Je me souviens encore des « papy c’est quoi ça » en désignant du persil ou du basilic. Je me souviens de cette phrase un jour alors que l’on était assis tous les deux sous l’oranger. « Tu sais dans la vie l’important c’est d’aimer. Le reste c’est dérisoire. » A 10 ans j’avais eu du mal à comprendre. 15 ans plus tard je crois que j’ai compris ce qu’il voulait dire. AIMER. Aimer. Voilà j’aime. J’aime cet endroit, j’y aime absolument tout, je m’y sens bien. D’ailleurs mon cœur se déchire à chaque départ de mon île de beauté. Parce que j’y ai passé tellement de temps enfant, j’y ai mes plus beaux souvenirs. C’est aussi l’endroit où se sont rencontrés mes parents, l’endroit où j’ai commencé ma vie, l’endroit où j’ai passé mes premières vacances avec l’homme de ma vie, l’endroit où l’on se dira oui …

Oui la Corse, ce village, cette maison, je crois que c’est ma madeleine de Proust par excellence. Tout ici me replonge en enfance. Et je crois que j’aime ça. Même si parfois le cœur se serre.

 

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