Et il sème des cailloux - Comment j'ai changé de vie

Et il sème des cailloux

Il y a quelque temps j’ai vu mon grand père. Comme à peu près tous les mois. Et pourtant cette fois ci c’était différent.
Plus jeune, mon grand père était militaire. Un homme aimant mais assez dur. Une main de fer dans un gant de … fer en somme. Mais avec un cœur immense et vraiment une personne sur qui l’on peut compter.
D’habitude mon grand père est aimant mais assez peu loquace. Affectueux, mais taiseux.        [ Comme à peu près tous les hommes de mon entourage, en fait] 
Mais ce jour là on a parlé, beaucoup.
Il m’a demandée si j’étais heureuse.
Je suis restée bête. Ce n’est pas une question que l’on pose très souvent. La plupart du temps on se contente d’un « ça va ? » – mais « est ce que tu es heureuse ?  » c’est rare. C’est rare mais c’est précieux, je trouve.
Je reconnais bien là l’honnêteté, la franchise et la droiture de mon grand père.
Il m’a demandée si cela se passait bien avec F, si j’étais amoureuse, si l’on voulait une « ribambelle » d’enfants.
Mon cœur tapait fort dans ma poitrine.
J’ai souri et puis l’émotion m’a envahie, les larmes ont envahi mes yeux, puis mes joues.
Je lui ai dit que oui, oui tout se passait bien, que je l’aimais plus que tout au monde et puis que oui on souhaitait des enfants. Qu’il fallait que l’on discute du concept de « ribambelle » mais que oui dans l’idéal on en voulait plusieurs.
Et puis je lui ai parlé du mariage. Il m’a regardé surpris, « je croyais que vous étiez mariés  » – non Dadou, pas encore, mais bientôt –  » mais tu connais ton futur mari ?  » – Oui Dadou, c’est F, tu le connais toi aussi –  » Ah bon, bon bon c’est bien ».
Mon cœur s’est serré, très fort.
En quelques secondes tout a basculé et j’ai réalisé à quel point sa mémoire était vacillante, à quel point sa santé était fragile et puis à quel point j’avais peur de le perdre, aussi.
Alors je l’ai simplement serré dans mes bras très fort et je suis restée longtemps contre lui, sans rien dire.
Et puis sur le chemin du retour pour retrouver notre chez nous, j’ai fondu en larmes.
Dur de voir mon grand père si amoindri, si fragile alors que je l’ai toujours vu comme quelqu’un de solide, de fort, doté d’une volonté incroyable. Un roc. 
Mais là, non, ce n’est pas lui, ce n’est pas possible.
C’est un peu comme s’il semait des petits cailloux, des bouts de mémoire, par ci par là.
Alors j’ai décidé de lui écrire, de lui raconter sa vie pour l’aider à reconstruire tout cela, bout par bout. Mais rien n’est moins sur.
Je l’aime, je l’aime et j’ai peur.

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