Les blessures de l'enfance - Comment j'ai changé de vie

Les blessures de l’enfance

Ce sujet me touche particulièrement. En effet, j’ai pu remarquer dans ma vie, combien les blessures de l’enfance pouvaient marquer profondément et durablement l’adulte que l’on était (que l’on devenait). Aujourd’hui, délestée de ces douleurs, je l’expérimente encore au quotidien en coaching.

Pendant très longtemps, j’ai mis de côté mes souffrances d’enfant. Parce que j’étais persuadée que si je n’avais pas le souvenir conscient d’un événement, je ne pouvais pas en souffrir. Et pourtant, la réalité est bien différente ! Mes premiers souvenirs conscients remontent à mes 4/5 ans, la plupart de mes blessures sont antérieures à cet âge là. Elles remontent à la grossesse de ma mère, puis à mes deux premières années de vie. Alors évidemment, je n’ai aucun souvenir du moi à 1 an, encore moins du moi fœtus. Et pourtant, les blessures et les fragilités qui en découlent ont bien existé pendant des années, et pendant ces années elles ont été un véritable frein à la construction de l’adulte que je suis devenue.

Après des centaines d’heures de psychothérapie, d’hypnose, puis d’études de mon côté en tant que coach, j’ai réalisé le rôle central que pouvait jouer l’inconscient. En effet, si mes douleurs, mes souffrances, mes peurs n’étaient pas conscientes, dans le sens où je ne pouvais pas nommer un événement précis, encore moins le décrire, cela ne signifiait pas pour autant qu’il n’avait pas existé et surtout, que je n’en avais pas souffert. J’ai mis longtemps à comprendre cela. Un fœtus ressent les émotions de sa mère à partir du 4 eme mois de grossesse. Bien sur il n’est pas capable de comprendre intellectuellement que « maman est triste parce que » ou que « maman est stressée », mais il ressent les vibrations, les événements, il peut percevoir les intonations, les voix et donc ressentir les émotions même s’il n’est pas encore capable de les rationaliser. Bien sur il en est de même pour le tout jeune enfant qui, même s’il n’est pas encore capable de verbaliser ce qu’il voit, ce qu’il entend (et ce qu’il ressent) est une véritable « éponge » à émotions [ qu’elles soient positives ou négatives ].

Les douleurs associées aux premières années de vie sont donc très souvent les plus durables, les plus intenses, et celles qui marquent le plus l’adulte que nous devenons, justement parce qu’elles sont intégrées au plus profond de nous.

Ce qui ressort très souvent de mes échanges au quotidien en coaching c’est la blessure d’abandon, qui est finalement très récurrente. Très souvent on me dit « mes parents se sont séparés lorsque j’avais un an mais je n’en ai aucun souvenir, donc je n’en ai pas souffert, je ne sais pas de quoi vient mon problème avec la nourriture aujourd’hui, mais surement pas de là ». La dernière partie de la phrase est fausse, évidemment. J’ai mis longtemps à le comprendre (et à l’intégrer pour moi même) mais absence de souvenir conscient ne signifie pas absence de souffrance, c’est même très souvent le contraire.

Et c’est (en partie) cette découverte qui a pansé mes plaies. En fait j’avais rationnellement conscience des événements, parce qu’ils m’avaient été racontés par des proches, cependant je ne donnais pas de crédit à cette souffrance. Le fait d’accepter cette souffrance, de lui donner de l’importance et surtout de ne pas vouloir la taire ou l’enfouir a été le début de ma nouvelle vie.

Tout comme de considérer que cette souffrance, bien réelle n’était pas pour autant inéluctable. Souvent, lorsque l’on a souffert pour une raison ou une autre, que nous avons l’impression que ce schéma est le seul possible, c’est faux, bien entendu. Il est possible de se construire, de se reconstruire malgré les épreuves du passé. Encore une fois, il ne s’agit pas de les oublier, de les mettre de côté, d’en faire fit.

Mais de regarder avec bienveillance et amour l’enfant que l’on était, de le rassurer et d’apprendre peu à peu à apprivoiser cette souffrance. 

Les événements douloureux de ma vie, de ma petite enfance ont construit l’adulte que je suis devenue. Avec mes forces, avec mes failles.

Cela est très personnel mais voici ce que j’ai pu tirer personnellement de mon expérience et de mes souffrances … Vous verrez que, très probablement, si vous vous questionnez là dessus (et surtout, que vous prenez le temps de vous écouter), vous retiendrez aussi du positif de ces blessures. Pendant très longtemps je n’en ai pas eu conscience, je me suis enfermée dans ma coquille, j’ai attendu que le temps passe et puis j’ai regardé ma vie, passer sans moi. Mais finalement, avec le recul des années, voici les enseignements que j’ai pu tirer de tout cela :

  • Je crois que mes blessures m’ont permis d‘être à l’écoute, d’être beaucoup plus compréhensive, tolérante et d’aujourd’hui d’exercer cette écoute pleinement dans mon activité professionnelle en coaching. Je crois réellement que ce sont mes souffrances d’hier, mes galères et mes doutes qui me permettent aujourd’hui d’être en mesure de mieux comprendre celles des autres (et surtout de les aider à les surmonter)
  • Mes blessures m’ont donné une furieuse envie de vivre, l’instant, chaque petit bonheur. Si vous voulez, j’apprécie aujourd’hui pleinement d’être en vie, de pouvoir m’extasier devant le paysage qui défile à travers la fenêtre du train, de pouvoir sentir une rose, de regarder le soleil se lever le matin, de courir dans des champs déserts ou encore d’apprécier le pain à la croûte épaisse qui sort juste du four. Ces épreuves m’ont donné un amour inconditionnel en la vie.
  • Dans la même lignée que le point précédent, je crois que j’ai appris à travers ses épreuves à aimer. A aimer sans concession, et à savourer chaque instant. J’aime mon mari, mes proches, évidemment. Mais j’aime aussi les gens. Leur sourire, comme ça pour rien, tendre la main à une personne dans le besoin, céder ma place dans le tramway. Je crois que mes souffrances ont décuplé mon amour de l’autre.

 

Alors, soyez bienveillant avec vous, avec l’enfant que vous étiez. Acceptez ses douleurs, ses doutes. Apprenez à les dompter, à les tempérer, à les aimer.

Photo : Olivier Gomez

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