Comment j'ai changé de vie

Etre fort

 » Tu ne vas pas pleurer pour ça  » –  » Oh ça va, tu ne vas pas en faire un drame ce n’est pas grave ! » – « Tu sais qu’il y a bien pire dans la vie » –  » Tu dois être fort(e) –  » Allez, arrête de chouiner  » –  » Tu es vraiment douillet(te)  » –  » Ce qui ne tue pas rend plus fort tu sais » –  » Passe à autre chose » –  » Dans la vie il faut avancer coûte que coûte » –  « Arrête de te plaindre »

 

Aujourd’hui, j’intervenais sur le sujet de la gestion émotionnelle chez les – tous  – petits. Et j’ai commencé par cette phrase  » Pour gérer les émotions de – nos – enfants, il faut d’abord accepter et savoir apprivoiser les nôtres « .

Silence (pesant).

Je le pense vraiment.

Le soucis ? Nous sommes dans une société qui nous pousse à nier nos émotions. Avoir des émotions, des « états d’âme », c’est mal, les exprimer, ça l’est encore plus !

Alors que, je vous le dis (écris) haut et fort : Nous avons le droit d’aller moins bien, même d’aller franchement mal. Et nous avons le droit de le dire. C’est humain, et je dirais même, c’est sain. 

Je crois que nous traversons tous.toutes, au cours de notre vie, des moments difficiles, des moments de remises en question plus ou moins profondes, des deuils personnels, professionnels, des rendez vous manqués, des désillusions. Tous, sans exception. Et c’est (entre autre), la raison pour laquelle il ne faut pas en avoir honte.

Pendant des années, j’ai fait moi même semblant d’aller bien, je portais un masque la journée, pour finalement m’écrouler en larmes le soir. Ou avec des crises de panique, ou de colère, de la violence.

Jusqu’au jour où je n’ai plus su.pu porter le masque du « tout va très bien merci » ou le bien – trop – connu « je vais bien ne t’en fais pas ». Et où je suis tombée dans la vraie dépression. Cela a duré des mois. J’ai conscience aujourd’hui que cela a été le cas parce que je n’ai jamais, ôh grand jamais, osé être à l’écoute de ce que je ressentais au fond de moi, de la petite voix qui me criait pourtant depuis des années déjà que je faisais fausse route, et que je ne l’avais jamais exprimée, à personne.

J’ai réalisé qu’avec un peu plus d’empathie, et de bienveillance envers moi même, tout aurait été différent.

Apprendre l’empathie et la bienveillance envers soi même, permet de la développer ensuite auprès des autres (nos enfants, mais pas que !).

Notre « auto empathie » nous permet de nous connaitre, de nous comprendre, de nous sentir en accord, en phase avec nous même au quotidien. Accueillir ses émotions et oser les vivre et les exprimer, sans mettre un couvercle dessus. Mettre un couvercle sur ses émotions cela revient à peu près à mettre un couvercle sur une casserole avec du lait qui bout à l’intérieur, au bout de quelques instants, tout déborde.

Et ce sont ces débordements qui nous paraissent inadéquats, qui nous désarment, qui nous culpabilisent (ce matin par exemple :  » Je dis rien, je dis rien et puis d’un coup je me mets à hurler contre mon compagnon ou mes enfants »,  » J’ai pris sur moi mais au bout d’un moment une gifle est partie », « J’ai voulu me contenir mais je lui ai mis une fessée et.ou je lui ai hurlé dessus et.ou je l’ai violemment repoussé », « Je n’ai pas pu contenir mes larmes » etc etc).

Vous l’aurez compris, ces moments où l’on explose ne sont  « que » le résultat de toutes les fois où nous avons repoussé nos émotions très loin de nous.

Elles nous reviennent en boomerang, avec généralement une force multipliée = plus nous luttons contre nos émotions, plus elles deviennent intenses et profondes.

 

Je crois que ce qu’il faut comprendre et surtout sortir de sa tête  que les émotions ne sont pas « mauvaises », elles ne sont pas à « maîtriser » ou à bannir. Elles sont à vivre, à analyser, à comprendre, à apprivoiser. Les émotions que nous ressentons font de nous des êtres humains. Nos émotions sont notre « météo intérieure » et doivent nous servir de guide.

Les accepter, sans jugement, est notre moyen pour apprendre à vivre en phase. 

 

Souvent j’entends au cabinet, ou je lis, ici et là, qu’exprimer ses émotions est une faiblesse. Parfois on me demande même si  » je ne fais pas vivre ma fille dans un monde de bisounours« .

Pourquoi ? Parce que je l’incite à exprimer sa colère, ses peurs ? Au contraire, je suis chaque jour un peu plus persuadée que d’être à l’écoute de sa vie intérieure est une immense force, qui nous permet d’être aussi plus à l’écoute des autres. Cacher ses émotions, les dissimuler, ne pas les exprimer depuis l’enfance entraîne des failles beaucoup plus importante, un manque de confiance,

 

Les émotions nous permettent aussi de travailler en profondeur sur nous, en effet, elles nous permettent de mieux comprendre nos besoins à satisfaire.

Nos besoins fondamentaux en tant qu’être humain sont les suivants :

  • le besoin de sécurité.
  • le besoin de stimulation.
  • le besoin affectif ou social.
  • le besoin d’estime et de reconnaissance.
  • le besoin d’autonomie.
  • le besoin de sens, de cohérence.

Un exercice intéressant est de nommer une émotion et de l’associer à un besoin fondamental non satisfait (exple : Je suis en colère parce que mon supérieur n’a pas pris le temps de me féliciter pour mon investissement / travail. Le besoin non satisfait est ici le besoin d’estime et de reconnaissance. Posez vous la question de pourquoi cela vous a blessé / tellement atteint ? Généralement ces questionnements sont révélateurs de failles sur lesquelles il est intéressant de travailler. Dans cet exemple là, essayer de construire son estime de soi à l’intérieur et non vis à vis du regard des autres etc.

Vous allez me dire « Waouh » c’est compliqué / fatigant. Je vous dirais juste, passionnant, et surtout cela permet sur le moyen terme d’être beaucoup plus apaisé / serein.

 

Et vous, quel est votre rapport aux émotions ?

8 commentaires sur "Etre fort"

  1. Sarah G. dit :

    Bonjour,

    D’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours refoulé mes émotions. Tout d’abord, très petite, quand je suis tombée malade (hôpital etc…) et que je ne pouvais pas nommer mes angoisses/sentiments et que personne n’a essayé à l’époque de chercher un moyen pour que je puisse les exprimer. Et puis parce que dans la famille nous sommes 2 filles, ma grande soeur est adoptée, moi non. Toute ma pré-adolescence quand ma soeur était dans sa crise d’ado, crise identitaire etc…, on m’a alors rabaché « toi tu sais d’où tu viens, elle pas » sous entendu « tu ne peux pas te plaindre, tu connais tes origine, tu es chanceuse » m’interdisant ainsi implicitement d’être triste ou en colère par rapport à une situation familiale qui à l’époque était assez catastrophique. Depuis, on me reproche d’être fermée, secrète et de m’énerver très rapidement (pas très pratique au travail, je me suis attirer les foudres de mes supérieurs plus d’une fois) . Le fait est que je suis persuadée comme toi que les émotions doivent être exprimées, car apprendre adulte quand on est adulte à exprimer et gérer ses émotions demande beaucoup de patience et de travail. Merci pour cet article en tout cas.

    1. France Tronel dit :

      merci beaucoup de me lire !

  2. Marylyn dit :

    Coucou c’est très intéressant. Mais qua’d tu t’exprimes mais qu’on ne t’écoutes pas ou que les gens te reproche en te disant arrête de râler arrête de te plaindre tes toujours fatiguée ou qu’on te te réponds au travail oh mais de toute façon tu arrives toujours à tout faire. Bah du coup tu t’en persuadés que t’es une râleuse etc mais pourtant t’as quand même besoin de l’exprimer bah c’est pas évident tu culpabilise mais pourtant c’est plus fort que toi d’être comme ça d’être négatives. Que t’y arrive pas même si tu essaies de changer…. Enfin bref j’ai déjà soûle tout le monde en tout cas j’adore lire tes articles

  3. emilie dit :

    Bonsoir France et merci pour votre article.
    Je suis en pleine dépression. Le mot a été prononcé ce matin alors que mon état date d’il y a plusieurs mois.
    Ne pas exprimer mes émotions m’ont conduit à cet impasse. Ma mère, qui m’a élevé dans cet esprit, vient de me dire qu’avec de la chance, je pourrai « grapiller 2 semaines d’arrêt maladie ». Elle ne comprend pas, ne me pose aucune question car selon elle, ce n’est rien.
    Merci pour vos mots qui réconfortent mes maux.
    Bonne soirée à vous et votre famille.

    1. France Tronel dit :

      Douce journée, plein de courage et d’ondes positives

  4. Marie dit :

    Bonjour,
    Je suis totalement d’accord avec toi sur la gestion de nos émotions et le retentissement que cela peut avoir sur nos enfants.
    Je suis de nature spontanée et cela se ressent auprès de ma famille : je dis ce que je pense et c’est terminé.
    Mais la où cela est terriblement (le mot est choisi) difficile, c’est dans l’entreprise. Les émotions, les sentiments n’ont aucune place pour les hiérarchiques (mal formés je pense). Cela dérange. cela entrave la productivité j’imagine ?

    1. France Tronel dit :

      oui, surement, mais les choses avancent, j’interviens de plus en plus en entreprise 🙂

  5. Amande dit :

    Bonsoir France,

    Merci pour cet article. Je suis à 100% d’accord avec toi.

    Etant dans une entreprise où le mot d’ordre est le chiffre – et, comme le temps c’est de l’argent, de la production à tout va – j’entends autour de moi que ça blâme les personnes qui sont en difficultés personnelles, qu’on voit qu’elles ne vont pas bien. Les supérieurs le savent, mais ne font rien, considérant que c’est au ressort de la personne qui ne va pas bien de faire le premier pas. Rien qu’avec ces deux phrases, on voit bien que c’est le serpent qui se mord la queue… Je suis en colère contre toutes ces personnes malveillantes, intolérantes… Qui mine de rien sont humaines et sont contente quand quelqu’un les soutient dans les mauvais moments.

    Et de part mon éducation aussi j’ai eu droit au discours « je ne comprends pas pourquoi tu es mal, tu as une famille, un toit, à manger… etc. » ce qui me faisait me renfermer sur moi même me disant que ce n’était donc pas normal de ne pas être bien…

    Bref, je crois que l’entreprise dans laquelle je travaille aurait fort besoin de tes conseils !
    Comment ça se passe d’ailleurs quand tu interviens en entreprise ?

    Bonne soirée à toi 🙂
    Sur ce, je vais tenter d’apaiser mes tensions intérieures ^^

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