Comment j'ai changé de vie

Laxisme ?

Vous êtes nombreux sur Instagram à m’avoir questionnée dans une FAQ (foire aux questions) sur notre vision de la parentalité avec Camille. Cette question notamment est revenue régulièrement « est ce que vous lui dites non » « est ce que vous lui passez tout ? » ou encore « est ce qu’il vous arrive de la punir ? ». Je crois que l’amalgame entre « bienveillance » et laxisme en terme d’éducation est vraiment la clef ici. En effet, on me demande parfois si je n’en ai pas marre de « tout laisser passer », sous peine d’en faire un « enfant roi ». Il faut « donner des limites à l’enfant », « ce n’est pas lui rendre service que de ne pas donner de cadre ». Je suis totalement d’accord avec ça.

Camille a un cadre, bien défini, nous avons nos valeurs, nos règles, sur lesquelles on ne déroge pas. En revanche, nous avons appris à lâcher prise sur beaucoup de choses. Elle marche pieds nus dans la terre ? Joue avec des feuilles mortes ? Ou le linge sale ? Elle renverse de l’eau en buvant seule ? Dérange les livres qui sont à sa portée ? Etc. Ce n’est pas grave ! 

En fait, nous avons appris à nous demander systématiquement (ou presque) si nos « interdictions » étaient fondées ou si elles étaient le résultat d’habitudes, de notre propre éducation. 

On laisse Camille libre, très libre. Mais son environnement est très sécurisé. Elle a un lit au sol, a la possibilité de sortir courir dans le jardin. A accès aux placards. Elle a une tour d’observation dans la cuisine. Mais il n’y a rien dans sa chambre qui puisse la mettre en danger, tout a été pensé pour, idem dans le salon, ou dans les tiroirs à sa portée dans la cuisine. Le four est sécurisé, les plaques de cuisson aussi. Bref, vous voyez. Nous avons construit l’environnement justement pour faire en sorte de ne pas devoir toujours tout lui interdire. Nos limites sont celles de la sécurité (on donne la main dans la rue par exemple, on ne monte pas sur la table …) ou la santé (pas se cacahuète ou de petits objects etc). Et pour la plupart des choses on l’accompagne. Elle veut monter les escaliers, couper avec un couteau, éplucher une courgette, verser de l’eau à la carafe, on la laisse faire en la surveillant de près. En partant du principe que aucune « méthode » ne remplace l’expérience et qu’elle va apprendre à faire … en faisant (et en refaisant, tout simplement). Je vous rassure elle a renversé des dizaines de verres d’eau avant de savoir boire au verre, elle a sali le sol avant de réussir à manger proprement à la cuillère / fourchette, elle a renversé un nombre incalculable de fois les croquettes de chat en essayant de lui donner …

Nous lui parlons beaucoup. Lorsque nous lui disons « non » on explique, systématiquement. J’anticipe aussi beaucoup en expliquant par exemple «  là nous sommes sur un chemin sans voiture, mais tu vois lorsque l’on va arriver à cet endroit – tu vois là où il y a le chat – par exemple – il faudra me donner la main parce qu’il y a des voitures et que c’est dangereux ». Je ne sais pas si c’est lié, mais elle n’a jamais refusé de donner la main. Même, elle donne volontairement la main à l’endroit défini ensemble. 

Une autre situation qui arrive beaucoup en ce moment : le fait qu’elle veuille un jouet d’un autre enfant au parc. Je ne la gronde pas, mais lui explique « ce jeu est au petit garçon / petite fille, on va lui demander ensemble s’il peut te le prêter, tu vois toi tu peux lui prêter ce jeu en échange ». Ça désamorce beaucoup de conflits. 

Situation récurrente aussi : ne pas vouloir mettre le chapeau. Plusieurs solutions soit : lui expliquer, lui montrer que moi aussi j’ai un chapeau, ou alors lui donner le choix « tu peux jouer ici à l’ombre sans chapeau, ou partir mais il faut mettre le chapeau ». En aucun cas je ne la laisse jouer sans chapeau en plein soleil par exemple. 

Encore une situation : remonter le toboggan à l’envers au parc. Je lui explique pourquoi elle gêne les autres en faisant ça et pourquoi c’est dangereux. Au bout de 3-4 fois, elle a fait le tour pour passer par les escaliers. Sans intervention de ma part. 

On l’implique aussi beaucoup, en essayant de faire de tout un jeu, ensemble. On Épluche les légumes ensemble, cela lui permet de développer sa motricité fine, de participer à la préparation du repas, d’être avec nous … on la fait participer pour mettre la table, passer l’aspirateur, étendre ou plier le linge. On se brosse les dents ensemble, on mange ensemble, on arrose le potager ensemble, on prépare le repas ensemble, les habits du lendemain, le sac de crèche etc. Bref, on lui parle beaucoup, on explique tout, tout le temps et depuis qu’elle est née. Ce n’est pas une façon de se « justifier » mais plutôt de faire en sorte qu’elle comprenne concrètement pourquoi un choix, ou un autre. 

Généralement je lui laisse le choix mais en ayant « pré choisi » avant. Du style « haricots verts ou courgettes ? » « cette paire de chaussure ou cette autre » « ce livre ou celui ci » « le verre ou la tasse ». Cela lui permet d’avoir l’occasion de choisir et de ne pas se voir systématiquement tout « imposé » mais c’est toujours un choix qui est contenu dans ce qui est ok pour nous (je ne sais pas si je suis claire !)

Je crois qu’en fait, globalement, on a simplement appris à lui dire les choses, et à lui faire confiance. On essaye d’être plus dans la coopération que dans « l’obligation ». Vous voyez ? L’objectif est vraiment qu’elle arrive à se responsabiliser, à ce qu’elle connaisse ses limites, sans pour autant la contraindre par la force, ou la punition systématique. En fait, on essaye de tirer de chaque situation un «enseignement ».

Pour le sommeil et l’alimentation c’est aussi la même chose. On ne lui impose pas d’heures de coucher, en revanche on lui a appris à reconnaître ses signaux de fatigue (déjà a les reconnaître nous même !). Pour l’alimentation, ok pour sortir de table sans avoir terminé son assiette, si elle n’a plus faim, elle n’a plus faim. Ok aussi pour prendre une collation même «  si ce n’est pas l’heure » etc. Tout simplement parce qu’on part du principe qu’elle est plus à même que nous de savoir quels sont ses besoins vitaux. Soif / faim / sommeil … 

 

Ce  n’est pas facile, loin de là. Personnellement cela m’a obligée à repenser tout ce que je « connaissais », à sortir de ma zone de confort, à lâcher prise aussi et à sortir de la peur systématique. Il y a aussi des moments où nous sommes démunis, ou il nous est difficile de la comprendre. Mais quelque chose qui marche systématiquement : l’observer. Passer beaucoup de temps à l’observer, ses réactions, ses façons de faire. Ce qu’elle aime, ce qui la frustre … et puis le dialogue, toujours toujours, systématique. Et les câlins / portage collés serrés dans les cas de « crise ».

Bien sûr, il n’y a pas de méthode miracle, mais c’est la notre, celle qui nous a permis de trouver l’équilibre, et de vivre tellement apaisés au quotidien. Et d’aujourd’hui envisager ce second enfant sans crainte particulière.

Et bizarrement, aucune remarque négative de notre entourage. Peut être parce que Camille dit systématiquement bonjour, au revoir, aide à mettre la table, range quand on lui demande,  … sûrement parce qu’elle paraît épanouie et heureuse au quotidien.

Encore une fois, il ne s’agit pas de chercher la « perfection » en termes de parentalité. Elle n’existe pas . Et avant d’en arriver là nous avons été aussi dans le conflit systématique / les interdits / nous avons haussé le ton et interdit fermement de toucher à telle ou telle chose (« ce n’est pas à toi »). Mais cela n’a mené qu’au conflit et aux larmes, sans rien de positif ni aucun apprentissage de sa part. Alors nous avons changé notre fusil d’épaule, nous avons soufflé un grand coup, nous avons lâcher prise sur ce qui n’était pas important pour nous focaliser sur l’essentiel. Et aujourd’hui je ne reviendrais en arrière pour rien au monde.

 

11 commentaires sur "Laxisme ?"

  1. La tornade blanche dit :

    Juste, Merci pour cet article.

    Même sans avoir d’enfant, c’est vraiment enrichissant et intéressant votre façon de voir/faire les choses avec cette petite personne au quotidien.

    Belle journée France !

  2. Jessica dit :

    Encore‘ un article qui fait du bien ! ( et qui j’espère calmera un peu les gens malveillants des réseaux …). Vous êtes des gens bien et vous donnez tellement d espoir! J’ai une petite question sur le dernièr point : tu dis que vous avez arrêté de dire «  non/ne touche pas, ce n’est pas à toi « , du coup à la place, qu expliquez vous?
    Merci encore et toujours pour tout ce que tu partage et véhicule qui fait un bien fou à la toile entière ! Plein de bonheur encore à venir

    1. France Tronel dit :

      Je l’ai écrit 🙂 un enfant si petit n’est pas capable de comprendre de toutes façons le « ce n est pas à toi », point final. Comme il n’est pas capable de comprendre « dépêche toi je suis en retard ». Ce n’est pas de la mauvaise volonté de leur part seulement leur cerveau qui n’est pas terminé et ce mode de compréhension dont ils sont incapables. On lui dit effectivement que ce n’est pas à elle mais on lui propose de demander à la personne si elle peut emprunter le jouet et l’utiliser elle aussi, on l’incite à faire de même « si le petit garçon te prête son camion tu peux le laisser jouer avec telle chose ». Et on insiste surtout sur le résultat de cette action «  tu vois vous êtes tous les deux tr s contents de pouvoir jouer avec un autre jouet. L’objectif est qu’elle comprenne et arrive d’elle même à prêter, partager. Comme qu’elle arrive à comprendre pourquoi on lui interdit ou demande telle ou telle chose.
      Je ne pense pas que les gens soient malveillants (en tout cas ça me passe au dessus). Mais je pense qu’il est toujours intéressant d’expliquer ce qui peut sortir un peu de la « norme ». Beaucoup de monde a été surpris de voir Camille manger comme nous des morceaux tout bébé, ne pas avoir de parc etc. C’est Riche d’échanger

  3. Jessica dit :

    Pour les cacahuètes par exemple, ou les objets dangereux ?
    Les bibelots fragiles ou de valeur qu’elle voudrait prendre chez vous ou ailleurs… etc

    1. France Tronel dit :

      Et bien c’est écrit noir sur blanc 🙂 on n’autorise pas ce qui là met en danger (les cacahuètes !). Quant aux bibelots c’est à nous de faire en sorte de ne pas laisser à sa portee des choses qui ont de la valeur (c’est rapide on a rien ). Chez les autres idem on ne met pas à sa portée ou on lui explique. Elle a toujours mangé dans de vraies assiettes et verre, elle se sert à boire dans une vraie carafe, on la responsabilise en lui disant de faire attention.

  4. Agache dit :

    Bonjour
    J’ai une petite question votre fille a 16 mois si je me trompe pas.
    Quand vous expliquer qu’elle vous aide a mettre la table ? Cela me paraît petit mais la technique m’intéresse 🙂

    1. France Tronel dit :

      Aucune « technique »… on l’implique dans tout ce qu’on fait donc quand on met la table elle apporte les verres, les couverts, l’eau et 🙂

  5. Léandre dit :

    Bonjour, ma fille a 7 ans et elle a grandi avec ces mêmes principes éducatifs … Et c’est génial ! Aujourd’hui, elle décide seule de ce qu’elle veut dîner, au grand étonnement des amis, soupe brocolis/carotte ou purée de bettes/pommes de terre … Qu’elle préparera toute seule car nous avons toujours cuisiner ensemble ! A l’âge de Camille, j’ai inventé l’expression « expérience screugneugneu » pour toutes les erreurs découlant de l’expérimentation (ex renverser de l’eau en essayant de remplir son verre ) ! Avant de m’énerver je me posais la question s’il y avait un danger vital et… On s’énerve beaucoup moins !
    Pour le choix illusoire c’est une technique que j’applique désormais aussi avec mes petits patients (je suis dentiste) et je gagne beaucoup de temps dans la négociation !
    J’adore suivre votre vie sur Instagram, ça me rappelle des bons souvenirs !

    1. France Tronel dit :

      Merci beaucoup 🙂
      J’adore cette expression, effectivement « expérience » est souvent tellement + juste que bétise chez le tout petit ..
      Ravie de lire que cela peut faire de supers enfants ensuite 🙂

  6. Florence dit :

    Merci pour cet article France!
    Je vais devenir maman d’un petit garçon d’ici un petit mois (ou peut-être avant, qui sait!) et je me documente comme je peux sur l’éducation positive. Je trouve ça extrêmement compliqué lorsqu’on n’a pas été éduqué soi-même de cette façon, comme tu le dis, ça force à tout repenser. Est-ce que ça finit par venir naturellement? Est-ce que nos modes de fonctionnement ne prennent pas sans cesse le dessus? Lorsque j’y pense, que je me mets en situation si je peux dire, mes vieux réflexes me sautent au cou, et quand je m’en rends compte, j’ai du mal à me corriger moi-même, que pourrais-je dire ou faire pour ne pas sans cesse interdire, ou simplement pour adopter une éducation bienveillante..
    As-tu lu à ce sujet?
    Merci en tout cas, je te suis depuis quelques temps déjà et tes mots me paraissent toujours justes et font du bien.

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