Comment j'ai changé de vie

Manger en famille : convivialité ou stress

Je voulais revenir sur ce sujet depuis un moment pour deux raisons principales :

  • La première est que je rencontre cette problématique quasiment quotidiennement avec les personnes que j’accompagne en coaching. Soit dans le moment présent avec leur(s) enfant(s) soit en tant – qu’héritage – de ce qu’ils / elles ont connu dans leur enfance.
  • La seconde, c’est que je suis actuellement une formation afin d’amorcer un virage dans mon activité professionnelle pour la rentrée prochaine (je vous en ai un peu parlé sur les réseaux sociaux, j’y reviendrai ici en temps voulu) et qu’il en était question (entre autres) cette semaine.

Double occasion.

 

Si vous repensez à vos repas familiaux ? Ou si aujourd’hui vous vous questionnez sur comment se passent vos repas en famille ? Que retenez vous ? De l’apaisement, de la convivialité ? ou au contraire des cris, du stress, des pleurs ?

Ici, un peu des deux. J’ai toujours (ou presque) associé manger en famille avec partage. Pourtant, il faut être honnête j’ai aussi entendu une multitude de fois des phrases du type  » Si tu ne manges pas tes haricots tu n’auras pas de dessert  » /  » Je te préviens si tu ne manges pas tes épinards tu vas les retrouver dans ton assiette ce soir (ou demain) /  » Finis ton assiette  » /  » Tu ne vas pas laisser ça  » /  » Il y a des enfants qui meurent de faim dans le monde  » /  » Tu ne veux pas manger ? Va au coin – dans ta chambre  » /  » Je te préviens, tu n’auras rien jusqu’à demain  » /  » Je me suis donnée tellement de mal, si tu m’aimes mange un peu, goûte au moins » /  » Tu sais que le chocolat c’est interdit à la maison, tu vas devenir gros – se » /  » Arrête de manger autant tu vas devenir une petite boule et les copains vont se moquer de toi  » etc etc.

Et ces mots, répétés, ont des conséquences. 

Celle que j’observe au quotidien en coaching c’est le fait de ne plus reconnaître ses sensations de faim et de satiété. Nous avons tellement pris l’habitude de « finir notre assiette », que nous avons aussi pris l’habitude de manger au delà de notre faim. Un enfant (aussi petit soit-il, un nouveau né – en bonne santé) est parfaitement capable et apte de savoir s’il a faim ou non (d’ailleurs, si vous êtes jeune maman, on vous demandera d’allaiter à la demande, c’est qu’il est communément admis qu’un enfant, sous réserve qu’il soit en bonne santé, est tout à fait apte à savoir s’il a faim ou non dès ses premières heures de vie). Pourquoi cette capacité se perdrait par la suite ?

En grandissant donc, nous nions petit à petit nos besoins au profit de normes familiales / culturelles. Nous mangeons aux « bonnes heures » (surtout pas en dehors des repas « non ce n’est pas l’heure ! »),  nous « finissons notre assiette », nous mangeons un dessert (parce que c’est comme cela que l’on termine un repas !), nous mangeons forcément le matin (parce que « le petit déjeuner est le moment le plus important de la journée) etc etc. Bref, nous nous conformons à des exigences qui n’ont rien à voir avec nos besoins.

La conséquence de tout cela ? : Manger en pilotage automatique. Finir sa lunchbox sans se poser de question, manger un dessert sans se poser de question, manger 3 repas par jour en mode automatique. Se forcer à petit déjeuner même si on est écœuré le matin. Etc. Et nier les besoins de son corps, être en « pilotage automatique » cela entraîne de manger trop, souvent. En coaching, on travaille donc là dessus, revenir finalement à « l’essentiel », nos besoins, en se détachant des exigences / habitudes / que nous avons construits au fil des années.

La première conséquence est purement physique. La seconde a un aspect beaucoup plus psychologique. A savoir : Associer la nourriture à quelque chose d’anxiogène, de conflictuel, de négatif. D’en faire l’objet de privations ou de chantage.  Le rapport que nous, adultes, avons à la nourriture a été construit bien bien avant. Dans le rapport que nos parents entretenaient à la nourriture, et dans ce qu’ils nous ont transmis. En terme de rapport à la nourriture mais aussi de rapport au corps. L’objectif, je crois, est de faire la paix avec tout ça.

En tant que maman, ex obèse, je peux vous le dire : cela m’a pris du temps. Mais il est PRIMORDIAL de faire la paix avec VOTRE rapport à la nourriture avant de penser à en faire de même avec votre enfant. D’ailleurs je crois que c’est le cas pour tout en terme de parentalité. Apprendre à gérer ses émotions avant de demander à son enfant de faire de même. Régler son rapport à la nourriture pour transmettre des choses positives etc.

 

Voici quelques pistes inspirées de mes réflexions et de NOTRE façon de faire au quotidien avec Camille (qui a 18 mois aujourd’hui) :

  • Ne JAMAIS forcer (d’une manière ou d’une autre – pas de chantage – pas de  » une cuillère pour maman, une cuillère pour papa – etc). Un enfant est totalement dans le moment présent ET il sait absolument s’il a faim (ou pas) par conséquent, si elle n’a pas faim, c’est OK. On lui propose les repas en même temps que les nôtres, mais il arrive régulièrement qu’elle mange un peu en décalé (par exemple elle prend souvent son biberon le matin avec nous puis petit déjeune vraiment seulement juste avant de partir à la crèche soit une bonne heure plus tard). Le soir elle a besoin de manger bien avant nous, c’est ok aussi. Etc. Pour les quantités c’est elle qui gère aussi depuis qu’elle est toute petite. Par les signes ou le langage. Là elle nous dit clairement « non« , « plus » ou au contraire « bibi » ou « encore« . A mon sens forcer à manger est totalement contre-productif : déjà parce que forcer un enfant à manger est particulièrement difficile (…) et que cela crée clairement une ambiance détestable à table. Idem, on ne force pas à finir l’assiette.

Voici un extrait trouvé sur le site de la Leche League : « Le parent est le pourvoyeur des aliments, et l’enfant choisit la quantité et le moment. »

 

  • Partager : Camille partage nos repas depuis qu’elle est toute petite (6/8 mois). Les mêmes repas. Elle participe aussi de plus en plus à la préparation des repas, aux courses (et ce idem depuis qu’elle est toute petite). Je trouve que c’est une super astuce pour impliquer les enfants et les intéresser de façon beaucoup plus naturelle. Et c’est à la fois très ludique et convivial (le seul point négatif à cette histoire … C’est que cuisiner avec un enfant qui a à peine 1 an entraîne forcément quelques effets secondaires … Notamment un temps accru de nettoyage …)

 

  • Accepter que les besoins de l’enfant sont variables (comme les nôtres finalement) : Ce n’est pas forcément simple à comprendre lorsque l’on est parents … Mais les besoins de l’enfant sont très variables (et ce n’est pas grave). Il arrive à Camille de manger presque comme un adulte à petit appétit, comme de ne quasiment pas manger pendant plusieurs jours. Et cela n’a rien à voir avec ce que nous lui proposons mais son appétit, son état (fatigue, malade, dents) etc. Donc, on respire un grand coup et on se dit qu’un enfant en bonne santé ne se laissera pas mourir de faim. No stress !

Pour vous dire : Il arrive même régulièrement à Camille de se coucher le soir sans manger … Et elle ne se réveille pas forcément plus tôt le lendemain (cas exceptionnel) et si c’est le cas … Elle prend un biberon un peu plus tôt.

  • Ils ont leurs périodes : Et oui, la nourriture (et le sommeil) fait partie des « phases » de l’enfant. Par cela j’entends que si votre enfant est dans une phase d’opposition (« NOON ») cela passera aussi très probablement par la nourriture (et ce n’est pas grave : rester ZEN !). Qui dit phase dit que cela passe … Petite astuce : parfois il suffit de quitter la pièce et de passer le relais à l’autre conjoint si possible (cela décoince parfois la situation). Il arrive très souvent aussi que les enfants mangent très bien chez la nounou / crèche mais pas à la maison … C’est parce que les parents sont la figure d’autorité, nous simplement (et là encore, se dire que ça passe … Cela aide à rester zen).

 

  • A son rythme : Cela peut être un peu « frustrant » pour nous adulte mais je crois que laisser l’enfant manger à son rythme est une des clefs. Camille mange seule depuis toujours (hors tétée / biberon) et parfois, oui, c’est long (beaucoup moins maintenant). On lui propose de l’aide, elle ne veut pas toujours. Elle mange à son ryhtme, parfois la compote ou le yaourt entre 2 cuillères de soupe. Et c’est OK. Dans la mesure du possible on essaye d’éviter de la stresser « allez dépeche toiiii ». Si nous avons une contrainte temps on essaye de penser à quelque chose qu’elle pourra éventuellement manger « à emporter » (une part de quiche par exemple)

 

  • Etre soi même apaisé(e) : Je vous en parlais un peu avant, mais je crois que c’est vraiment l’essentiel. Le fait d’être apaisé soi même vis à vis de la nourriture permet d’apaiser l’ambiance lors des repas / vis à vis de la nourriture (c’est le cas pour l’alimentation mais aussi pour le reste !)

 

  • Pas de pression : Souvent nous, parents, nous mettons la pression par rapport à l’alimentation (beaucoup trop !). Nous avons peur que l’enfant ne mange pas, pas assez, pas équilibré. Qu’il ne grandisse pas bien, qu’il ait des carences, qu’il casse sa courbe de poids… (c’est très souvent ce qui crée les tensions / cris … Je n’ai qu’une chose à vous dire : Faites lui confiance (et à vous, par la même occasion)

 

  • On se remet en question (mais pas trop) : Je crois qu’il y a deux tendances en terme de parentalité, qui sont opposées mais qu’il faut combattre autant l’une que l’autre. La première consiste à penser que l’on fait tout parfaitement bien (et par conséquent ne jamais se remettre en question). La seconde consiste au contraire à tout porter et à penser systématiquement que tout ce que fait (ou ne fait pas) notre enfant est de notre faute. Je pense que se remettre en question est indispensable, sincèrement (d’ailleurs, ce n’est pas valable uniquement pour la parentalité). Croyez moi il n’y a pas un jour où nous nous (j’inclus mon mari aussi) demandons pas comment on pourrait faire mieux / différemment, nous nous prenons du recul et analysons notre manière de faire. Mais il faut aussi savoir lâcher prise, se dire parfois que « c’est comme ça », simplement. Ce n’est pas simple, de jongler. Un vrai numéro d’équilibriste à trouver. Et retrouver, chaque jour.

 

Photo : Pixabay

 

Note : Cet article ne vise absolument pas à déclencher de la culpabilité (si c’est le cas, c’est qu’il y a probablement quelque chose à creuser / régler) et/ou du stress, mais à faire réfléchir sur ce sujet que je trouve très riche. Encore une fois, il n’y a pas une seule et unique façon de faire, pas de méthode universelle. Mais je trouve très intéressant de se questionner sur ces sujets, de prendre du recul et de considérer l’incidence que ce que nous avons connu a peut être généré en nous. Pour ma part j’ai travaillé pendant des années sur moi, et mon rapport à la nourriture par extension, je n’étais pas maman et je suis ravie d’avoir fait ce travail avant car je suis aujourd’hui beaucoup plus apaisée par rapport à cette problématique mais aussi à tellement d’autres … Mais je crois (je suis sûre !) qu’il n’est absolument JAMAIS trop tard pour se poser les bonnes questions, et avancer

14 commentaires sur "Manger en famille : convivialité ou stress"

  1. Julie dit :

    Merci France une nouvelle fois pour cet article très inspirant.
    J’ai exactement grandi dans l’esprit « on ne gaspille pas, on finit son assiette » et je n’en veux pas à ma mère qui a connu une enfance beaucoup plus pauvre que la mienne. Mais ce que tu décris me parle et m’attire. J’imagine qu’en pratique c’est bien différent mais c’est une tendance à garder en tête.
    J’ai une question par rapport à tout ça : comment tu réagis si ton conjoint n’est pas dans le même « mood » ? J’imagine que cette manière d’être n’est pas innée et que chacun fait un travail sur soi. Mais si seulement l’un des conjoints fait ce travail ? C’est contre-productif ? Quand tu penses que qq chose est bon pour ton enfant et que ta moitié fait tout le contraire ?
    Désolée je m’égare un peu.

    Merci de m’avoir lue.
    Belle continuation à toute la famille.

    Julie, une lectrice qui n’a pas d’enfant mais tout à fait fascinée par ces sujets 🙂

    1. France Tronel dit :

      Ah oui je n’ai pas précisé parce que à me paraît évident mais en effet : en ce qui concerne l’éducation être sur la même ligne pour tout ! Ça n’empêche pas de ne pas toujours être d’accord mais chez nous il n’y a jamais de divergence devant Camille. Quand l’un dit quelque chose / prend une décision l’autre appuie. Après éventuellement on en rediscute. Mais globalement on avait bcp discuté et échange avant pour savoir ce que l’on souhaitez .. donc nous sommes globalement dans la même idée. Après parfois il nous arrive d’avoir des différences de façons de faire. Mais voilà on en discute, pas devant Camille 🙂

  2. Delphine Estirac dit :

    Merci France pour ce super article !! Vraiment je suis fan de ton blog, tes articles dont toujours très intéressants.

  3. I dit :

    Bonjour France,
    Je te suis depuis un petit moment sur instagram, et sur ce blog aussi, et je n’avais jamais commenté quoi que ce soit je crois mais ce soir j’avais envie. Je n’ai que 19 ans et je n’ai pas d’enfant loin de là, je suis tombé sur ton compte parce que je suis de celle qui se batte contre un TCA depuis un bon bout de temps. Et tu fais partie des comptes qui me motive, et l’un des rares que je trouve réellement apaisant. Ce bout de chou magnifique et qui semble si épanoui, c’est une belle illustration de l’article si dessus et depuis ma situation je ne peux m’empêcher de faire un parallèle. Même si je ne suis plus tout à fait une enfant je veux pouvoir retrouver cette innocence et cette energie, cette sérénité face à mon assiette, et je veux un jour la transmettre à mon tour à un ou une petite Camille. Bref, tout ça pour dire merci et pas que pour les recettes de cuisines
    Je vous souhaite à tout les 3 + 1 la plus douce et heureuse des vie.

  4. Katherine dit :

    Ah lala, si j avais eu ce papier lorsque mes filles étaient petites, quel allègement cela aurait été pour elles et moi….merci belle journée.

  5. Justine dit :

    Bonjour France,

    Je te lis très souvent, passionnée par les sujets que tu abordes mais n’écris que rarement. Je n’ai pas d’enfants mais ce rapport à la nourriture a toujours été une bataille pour moi (je suis en train de faire la paix) et je crains les mécanismes que je pourrais appliquer plus tard avec mes enfants. Je me posais une question : comment réagir quand l’enfant n’accepte pas les légumes par exemple ? Et ne veut que des pâtes ou des biscuits ? Tu n’as pas l’air d’avoir ce problème avec Camille (tellement mignon de la voir avec les bouquets de brocolis le matin), j’imagine qu’en mangeant tout de suite comme vous, elle a appréhendé rapidement ces goûts … bref as-tu un avis là dessus ? Une expérience ?

    En tout cas, je te remercie pour tout ce que tu partages au quotidien, c’est une vraie bouffée d’air frais au milieu de ce monde d’instagram qui évolue vers le « tout le monde parfait ». J’adore lire tes expériences de vie. En un seul mot : merci !

    Belle journée,
    Justine

    1. France Tronel dit :

      Merci beaucoup Justine 🙂

  6. Ophélie dit :

    Bonjour,
    Encore un article très intéressant, la manière d’abord les sujets est toujours pertinente.
    Je prends toujours beaucoup de plaisir à te lire.
    J’aimerais beaucoup ton avis sur une situation très personnelle qui me contrarie depuis le début avec ma fille (elle a maintenant 3 ans1/2)
    J’ai, comme beaucoup au début « forcé » ma fille à manger et évidemment il en résulte un rapport avec les repas catastrophiques. J’essaie de rectifier le tir mais je ne sais pas à quel moment lâcher prise ou demander un effort de sa part. Un exemple, elle va systématiquement refuser le repas et pourtant je me creuse la tête pour trouver des recettes appétissantes, la seule chose est que je veux toujours qu’il y ait un légume. Elle me dit qu’elle n’a pas faim mais réclame quand même un dessert et un carré de chocolat. Je me demande si je dois lui demander de faire un effort sur le repas pour pouvoir manger la suite? Je ne sais pas comment gérer.
    En fait je ne sais pas comment gérer « tu n’en veux pas mais tu as quand même faim ». Tant pis que des desserts?
    Merci par avance pour ton avis sur ce genre de situation.

  7. kyarah dit :

    je trouve ta manière de faire parfaite et idéale en théorie

    Après je me demande comment on fait quand on a plusieurs enfants avec des besoins des envies différentes et si on ne travaille pas à la maison ou si on est pas mère au foyer avec du une certaine flexibilité pour les enfants et pour nous.

    Peut être que déjà dans 1 année, tu pourras nous donner des pistes sur comment gérer les envies/besoins différents de chaque enfant.

    🙂

    Mais effectivement, on ne peut pas apprendre à un enfant ce qu’on ne maitrise pas pour soi même… car l’enfant sentira cette incohérence…

    1. France Tronel dit :

      je pense honnêtement qu’il n’y aura aucun soucis, nous sommes dejà 3 avec des besoins et des envies différentes et c’est ok 🙂
      idem je ne travaille pas à la maison, je ne suis pas mère au foyer, camille est gardée toute la semaine .. Et il n’y a aucun soucis ! je pense que c’est surtout des croyances qui sont bien ancrées et des excuses que l’on se donne (que je me suis donnée avant, alors qu’on était seulement deux et même seule !)

  8. Elodie dit :

    Bonjour,
    Je viens de lire ton article très constructif , cependant j’ai une question : comment faire, que dire lorsque l’enfant (ici 4 ans) ne veut plus de son assiette mais veut un fromage et/ou un dessert ? C’est qu’il a encore faim, alors quand on a encore faim (selon moi) on fini d’abord son assiette….
    mais bon je cède souvent car je ne peux pas forcer à manger, et je n’aime pas que le repas se transforme en conflit.

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